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L'Abbé Pierre est mort : un résistant et un prêtre engagé Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
22-01-2007

Résistant français et militant contre la pauvreté et la précarité, de son vrai nom Henri Grouès, l'Abbé Pierre est mort à 94 ans.

Comme de nombreuses personnalités, Laurent Fabius a rendu hommage lundi à l'abbé Pierre, décédé dans la matinée à l'âge de 94 ans, souhaitant que "sa place soit désormais au Panthéon".

"La mort de l'abbé Pierre est une immense peine", a déclaré l'ancien Premier ministre socialiste dans un communiqué. "Immense comme l'était sa générosité et sa révolte, depuis des années, contre toutes les injustices, et d'abord la pauvreté et le mal logement".

Pour Laurent Fabius, "nous devons prolonger son engagement en relevant le défi de la construction massive de logements sociaux sans laquelle il n'y aura pas de vraie justice sociale". "L'abbé Pierre a été au plus profond et au meilleur de nos coeurs", conclut-il. "Je souhaite que sa place soit désormais au Panthéon".


 Jacques Chirac: "La France entière touchée au coeur" par la disparition de l'abbé Pierre


 Jacques Chirac a salué lundi matin la mémoire de l'abbé Pierre, estimant qu'avec sa disparition à l'âge de 94 ans "c'est la France entière qui est touchée au coeur".

"Elle perd une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté", souligne le chef de l'Etat "bouleversé" par le décès de l'abbé Pierre. Il "représentera toujours l'esprit de révolte contre la misère, la souffrance, l'injustice et la force de la solidarité".

Dans une réaction rendue publique par l'Elysée, le président de la République a rendu hommage au "prêtre engagé, de la Résistance à la lutte en faveur des déshérités, l'abbé Pierre aura été de tous les justes combats". "Pour toutes les Françaises et tous les Français, mais aussi partout dans le monde, résonne encore l'admirable appel de l'hiver 1954".

Jacques Chirac rappelle qu'il "éprouvait un immense respect et une profonde affection" pour le fondateur d'Emmaüs. "La Nation l'a reconnu en l'élevant à la dignité de Grand croix de la Légion d'Honneur".

"Au Mouvement Emmaüs et à la Fondation Abbé Pierre, à tous ses militants et bénévoles, le Président de la République fait part de sa grande peine et l'expression de toute sa solidarité", ajoute le président.

Lors d'une cérémonie pour le bicentennaire de la Cour des comptes, Jacques Chirac a ensuite souligné lundi matin que "la nation toute entière est en deuil". Avec lui la France perd une immense conscience".

"L'abbé Pierre nous a montré la voie du coeur, de la générosité, de l'esprit de révolte au service des plus vulnérables", a déclaré le chef de l'Etat. "Son message doit rester présent en chacun de nous et c'est à nous tous de le faire vivre, à nous tous de nous rassembler pour donner tout leur sens aux valeurs de justice et de fraternité, qui sont en fait le ciment même de notre patrie". AP

Le public pourra se recueillir, probablement à partir de mercredi, devant le cercueil de l'abbé Pierre dans la chapelle de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, où le fondateur d'Emmaüs s'est éteint lundi matin à l'âge de 94 ans, a annoncé Martin Hirsch, le président d'Emmaüs France lors d'une conférence de presse.

M. Hirsch a ajouté qu'un "grand temps de rassemblement" aurait lieu à Paris avant les obsèques de l'abbé Pierre en fin de semaine. L'enterrement se déroulera dans la plus stricte intimité à Esteville (Seine-Maritime), a-t-il précisé.

Il avait passé sa vie d'adulte à prendre la défense des plus faibles. Ancien résistant, ancien député et surtout infatigable insurgé au service des plus pauvres et des mal-logés, l'abbé Pierre est mort lundi matin à l'âge de 94 ans, a annoncé Emmaüs, l'association de lutte contre l'exclusion qu'il avait fondée en 1949.

L'abbé Pierre, de son vrai nom Henri Gouès, avait été admis le 14 janvier dernier à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris pour une infection pulmonaire. Il y est décédé lundi à 5h25.

"C'est la France entière qui est touchée au coeur", a immédiatement réagi le président de la République Jacques Chirac, qui s'est dit "bouleversé". Dans un communiqué, le chef de l'Etat estime que la France perd "une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté".

Cet homme "de coeur et d'engagement, (...) a montré à tous le chemin vers les plus démunis", a salué le Premier ministre Dominique de Villepin. "L'abbé Pierre nous a montré la voie de la générosité individuelle et collective. Il manquera à tous les Français".

Alors qu'aucun détail n'avait encore été donné sur les funérailles de l'abbé Pierre, l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing a souhaité que soient organisées des "obsèques nationales" en hommage à cette figure de l'action associative et de la lutte contre l'exclusion.

Le président d'Emmaüs France Martin Hirsch a fait part de la "peine terrible" ressentie par "l'immense famille qu'il représentait, pour les compagnons d'Emmaüs, toutes les personnes qui ont été aidées".

L'abbé Pierre avait "ouvert les yeux à l'opinion publique sur le sort des sans-abri et de ceux qui souffrent de mauvaises conditions de logement", a salué le président du Droit au Logement (DAL) Jean-Baptiste Eyrault, qui avait reçu le soutien de l'abbé lors de la fondation du DAL.

Longtemps personnalité préférée des Français, l'abbé Pierre avait commencé sa carrière dans la Résistance avant de devenir un remuant député MNR à la Libération. Au sortir de la guerre, alors que des taudis parsèment la France, l'abbé consacre ses indemnités parlementaires à loger des sans-abris qui lui demandent son aide. Le mouvement prend de l'ampleur et trouve une source de revenus dans la récupération des caves et des greniers: c'est la naissance d'Emmaüs en 1949.

Agitateur, l'abbé Pierre entre définitivement dans la légende au cours du terrible hiver 1954. Le 1er février 1954, il lance son appel à "l'insurrection de la bonté" sur les ondes de Radio Luxembourg (aujourd'hui RTL), qui déclenche un vaste mouvement de solidarité et le consacre défenseur de la misère.

Malgré une santé fragile, il reste très actif et élargit progressivement son action. Dans les années 1980, il défend les nouveaux pauvres, contribue à la création de la Banque alimentaire et se bat pour le "droit au logement". Il s'affiche également aux côtés des immigrés. Dans la même période, les communautés essaiment: on en compte aujourd'hui 115 en France, et Emmaüs est présent dans 41 pays sur quatre continents (Europe, Amérique, Afrique, Asie).

L'abbé Pierre a été fait officier de la Légion d'honneur en 1981, au titre des droits de l'Homme, puis commandeur en 1987 pour son action dans le domaine du logement. En 2001, il s'est vu remettre les insignes de grand officier de la Légion d'honneur.

Vieilli et fatigué, il avait renoncé depuis plusieurs mois aux apparitions publiques. Ainsi, il n'a pas fait entendre sa voix durant le mouvement des Enfants de Don Quichotte, même s'il a tenu à en être informé. Ce croisé du mal-logement disparaît au moment où le Parlement s'apprête à adopter une loi prévoyant le droit au logement opposable.

L'appel de l'abbé Pierre de l'hiver 1954

Voici l'appel intégral lancé le 1er février 1954 sur l'antenne de Radio Luxembourg -devenue RTL depuis- après la mort par hypothermie aux premières heures de ce jour-là d'une sexagénaire expulsée de son appartement sur le trottoir du boulevard Sébastopol à Paris:

"Mes amis, au secours...

"Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3h00, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l'avait expulsée...

"Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent!

"Ecoutez-moi: en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer: l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l'on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : 'TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T'AIME'.

"La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

"Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci !

"Chacun de nous peut venir en aide aux "sans abri". Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain:

5000 couvertures,

300 grandes tentes américaines,

200 poêles catalytiques

"Déposez-les vite à l'hôtel Rochester, 92, rue la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

"Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci!"

source : AP.

 
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