Le Sénégal face aux défis de la gestion de son pétrole

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Le Sénégal face aux défis de la gestion de son pétrole

Le Sénégal face à aux défis de la gestion de son pétrole et de son gaz naturel, toujours en phase d'exploration mais dont l'exploitation est prévue à partir de 2020, un document de Mamadou Lamine Ba.

Dakar compte créer un organisme pour gérer les revenus du pétrole, après la découverte de gisements en mer. Mais l'opposition sénégalaise critique la prise de contrôle de cette structure par la famille du président Sall.
Symbolbild Ausfall der Ölpreise (picture-alliance/dpa)
Les réserves de pétrole et de gaz sont estimées à plus d’un milliard cinq cent millions de barils. Les explorations se poursuivent encore mais les malentendus subsistent déjà. En effet, la question de l'implication de la famille présidentielle mais aussi la pression des multinationale ou la question de contrats qui pourraient s'avérer être défavorables au Sénégal : tout cela fait que pétrole et gaz alimentent le débat entre le gouvernement, l'opposition et la société civile
En septembre 2016, le Premier Ministre a communiqué des informations sur les contrats mais les Sénégalais n'ont pas été satisfaits. En décembre 2016, le président Macky Sall a mis en place le comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Pétrogaz).

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Présidence Sénégal ✔ @PR_Senegal
"J’ai créé un organe de conseil du gouvernement sur les questions relatives au pétrole et au gaz : COS-PETROGAZ" PR @Macky_Sall #ACF2017
11:41 AM - 21 Mar 2017

L'objectif étant de faciliter la bonne gouvernance des ressources énergétiques- "Il doit nous permettre d’assurer une impulsion dynamique du secteur de l’énergie particulièrement du sous-secteur des hydrocarbures. Et aussi nous assurer un contrôle stratégique du processus de valorisation des réserves pétrolières et gazières", a expliqué Macky Sall.

Une structure qui ne rassure pas l’opposition

Mamadou Lamine Diallo, économiste et député, est sceptique : "Je pense que tout cela a été mis en place de manière précipité, de manière tout à fait illégale et inacceptable. Le frère du président lui-même, Aliou Sall, étant impliqué dans le dossier. En réalité, c’est pour que le Président continue lui-même à gérer directement le pétrole et le gaz, par l’intermédiaire donc de ce secrétariat-là, qui est le Cos-Pétrogaz".
Öl Industrie (public domain)
Alors, comment faire pour que le pétrole ne soit pas une source de conflits au Sénégal ? Thierno Thioune, docteur en économie propose une planification dans la répartition des revenus qui seront tirés du pétrole.
"Ce serait important de placer ça dans un fond, de ne pas mettre ça dans les caisse de l’Etat. Mais de prendre toutes les ressources qui seront tirées du pétrole et de placer ça dans un fond. Et a fur et à mesure de puiser dans le fond, mettre dans le budget, de puiser dans le fond, garder pour les générations futures mais aussi de puiser dans le fond pour se constituer ce qu’on appelle les réserves pour pouvoir atténuer les risques".
Le Sénégal est encore en phase d’exploration, l’exploitation est prévue d’ici 2020 mais le pétrole et le gaz enflamment déjà l’espace public.

AFP, 2 Mai 2017.

Le géant pétrolier français Total a annoncé mardi la signature de deux accords avec le Sénégal pour l'exploration et l'exploitation de concessions pétrolières "en offshore profond" au large du pays.
Le premier accord porte sur le permis de "Rufisque Offshore Profond", au sud de Dakar, "dont Total sera opérateur" et détiendra 90% aux côtés de la Société nationale des pétroles du Sénégal (Petrosen), a précisé le groupe français dans un communiqué.
Total et Petrosen sont désormais liés par "un contrat de recherche et de partage de production d'hydrocarbures" sur cette concession sous-marine d'une superficie de 10.357 km2.
Par ailleurs, Total a signé concernant un autre lieu "un accord de coopération" avec Petrosen et le ministère sénégalais de l'Énergie, afin de réaliser "une étude de la zone en mer très profonde" pour "en déterminer le potentiel" et "devenir opérateur d'un bloc d'exploration", selon ce communiqué.
Déjà présent au Sénégal dans le raffinage et la distribution de produits pétroliers, "Total est ravi de pouvoir élargir sa présence dans le pays dans le secteur de l'exploration-production", a déclaré son président-directeur général Patrick Pouyanné, cité dans le texte.
Le deuxième accord concerne "une zone de plus de 3.000 m de profondeur qui a fait l'objet de très peu d'études", a précisé mardi soir à Dakar M. Pouyanné, lors d'un point de presse après la signature des deux accords. "On va être pionnier" dans son exploration, et ces opérations vont démarrer "tout de suite", a-t-il dit.
M. Pouyanné avait auparavant été reçu par le chef de l'État Macky Sall.
Dans un entretien à quelques médias, dont l'AFP, il a ensuite déclaré : "Nous sommes engagés dans des travaux significatifs et en fonction du nombre de puits que nous forerons, cela peut se chiffrer autour environ de 100 millions de dollars (plus de 60,2 milliards de FCFA / près de 92 millions d'euros) pour pouvoir faire des travaux à la fois d'étude sismique, et puis après, aller forer".
"Et puis, si c'est un succès, on forera plusieurs puits, donc l'investissement pourra se chiffrer à plusieurs centaines de millions de dollars (plusieurs dizaines de milliards de FCFA)", a-t-il ajouté.
La signature de ces accords est annoncée le même jour que le limogeage du ministre sénégalais de l'Énergie et du développement des énergies renouvelables, Thierno Alassane Sall, pour des raisons inconnues du public dans l'immédiat.
Le chef de l'État sénégalais Macky Sall "a mis fin aux fonctions" de Thierno Alassane Sall (sans lien de parenté, NDLR), et son portefeuille a été confié au Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a affirmé dans un communiqué le porte-parole du gouvernement.
Aucun détail n'a été fourni. Réputé proche du chef de l'État, Thierno Alassane Sall est par ailleurs membre de son parti, l'Alliance Pour la République (APR).
Le patron de Total a exclu mardi tout lien entre sa présence au Sénégal pour la signature de ces accords et le départ du gouvernement du désormais ex-ministre de l'Énergie.