La transition énergétique en Martinique

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La transition énergétique en Martinique

Après la visite de la ministre de l'environnement-écologie Ségolène Royal en Martinique, « laboratoire du nouveau modèle énergétique », des précisions sur la transition énergétique.

 

Transition énergétique en Martinique

La ministre de l'Ecologie et son homologue des Outre-mer ont co-signé à Fort-de-France une déclaration d'intention qui vise à faire de la Martinique une île durable. Ce département ultramarin va devenir une terre d'expérimentation dans le domaine des énergies renouvelables et de la croissance verte.


Laboratoire du nouveau modèle énergétique. France-Antilles. C. EVERARD Lundi 01 septembre 2014

À quelques jours de présenter la loi sur la transition énergétique au Parlement, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal s'est arrêtée sur les projets en cours. Hier matin, c'est dans la nouvelle centrale EDF de Bellefontaine, inaugurée il y a deux mois, que quatre projets majeurs lui ont été présentés.
ÉNERGIE THERMIQUE DES MERS : UNE PREMIÈRE MONDIALE
Il s'agit du grand succès énergétique et environnemental de l'année : le projet de centrale de production d'électricité à partir de l'énergie thermique des mers (ETM) verra le jour dans quatre ans, au large de Bellefontaine. Cette énergie marine renouvelable sera produite grâce à la différence de température entre la surface de l'eau et celle en grande profondeur.
Porté par les entreprises DCNS et Akuo Energy, le projet Némo bénéficiera notamment d'un fort apport européen de 72 millions d'euros qui couvrira l'exploitation de la centrale sur 5 ans. Début juillet, il a en effet été déclaré lauréat de l'appel à projet NER 300, un privilège accordé à seulement 19 projets européens, et dont il est le seul insulaire. Ce sera la première centrale de ce type au monde. Le projet Nemo permettra d'installer ainsi 11 MW, auxquels il faudra ajouter le projet Nautilus, soit 6 MW supplémentaires à terre. DCNS et Akuo souhaitent faire de la Martinique une vitrine, et remporter ainsi la « course franco-américaine » engagée dans le domaine des ENR.
CENTRALE BAGASSE-CHARBON : LA COPIE A ÉTÉ REVUE
Il faisait grincer des dents à la Région : le projet de centrale bagasse-charbon d'Albioma (ex-Séchilienne-Sidec) a dû être entièrement revisité. En 2007 une centrale thermique classique apparaît au Galion, d'une capacité de 40 MW. Elle devait être complétée par une centrale de cogénération bagasse/charbon de 36,5 MW. Le contrat d'achat a été validé en 2011 par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) et EDF. Mais cette solution polluante et archaïque (80% de charbon!) ne convenait pas à grand-monde, notamment à la Région. Le projet initial a donc fait l'objet d'un avenant, optant pour une solution bagasse/biomasse. L'unité de production devrait être fonctionnelle en 2016.
90% de la biomasse sera alors importée (du Brésil notamment), mais les biomasses locales (bagasse, déchets verts et cultures énergétiques) devraient augmenter en proportion, jusqu'à couvrir 40% des besoins en 2023. Cette fois-ci, le projet bénéficie du soutien appuyé de la Région et de l'État, Ségolène Royal profitant de son séjour pour expliquer qu'elle est rentrée en contact avec le CRE et que le dossier devrait rapidement trouver un débouché positif et les travaux pouvoir débuter. L'investissement sera de 165 millions d'euros et doit entraîner la création de 35 emplois directs.
SEPT ÉOLIENNES À GRAND-RIVIÈRE
C'est un projet qui s'est monté de façon très discrète : sept éoliennes doivent pousser sur l'habitation Beauséjour à Grand-Rivière. L'innovation serait de taille puisque l'énergie produite pourra y être stockée. Le porteur de projet est Energy Caraïbes, en partenariat avec Eren. Energy Caraïbes n'est pas un nouveau venu puisqu'en 2007, la société avait un projet de ferme photovoltaïque sur ces mêmes terres. Un projet qui, après polémique, avait finalement été rejeté par la Région et l'État. Aujourd'hui, le discours est tout autre : ministre et collectivité accueillent à bras ouverts cette nouvelle option, qui n'empêchera en rien la culture de la canne sur les terres. 14 mégawatts seront ainsi installés sur 160 m2 au total, auxquels il faut ajouter 100 m2 de postes électriques (à titre de comparaison, l'exploitation cannière de Beauséjour est de 60 000 mètres carrés). Le tout sans défiscalisation. La mise en service est prévue en 2017. La demande d'autorisation doit être déposée à la fin de l'année.
DE LA CLIM ISSUE DES SOUS-SOLS
Le « moteur stratégique » de la transition énergétique, c'est Énergie de Martinique, le partenariat public-privé créé en 2013, à l'initiative de la Région. Son objectif, développer la filière énergie renouvelable à travers plusieurs entités : Solaire de Martinique, Soleil de Martinique, Biomasse de Martinique, Géothermie de Martinique, Compagnie caribéenne de Géothermie. Cette dernière souhaite notamment développer la production de froid à partir de la ressource géothermale du Lamentin. Des forages avaient été effectués en 2001, et montré le potentiel des gisements situés non loin des zones industrielles consommatrices de climatisation.

Batiactu. La Martinique dispose de nombreux atouts énergétiques liés à sa position géographique et à son environnement : île tropicale baignée d'eaux chaudes, soumise à des vents puissants et constants, elle se situe également dans la zone de subduction des Caraïbes. Afin de tirer parti de toutes ces opportunités, Ségolène Royal et George Pau-Langevin, ont signé ensemble une déclaration d'intention visant à faire de ce territoire, une "île durable, à énergie positive pour la croissance verte". Le projet, porté par le département et la région, doit faire de l'île aux fleurs "un lieu privilégié de démonstration et d'expérimentation". De quoi "développer un savoir-faire technologique martiniquais".

Concrètement, diverses initiatives seront lancées et encouragées, comme le déploiement de bornes de recharge pour les véhicules électriques qui seront alimentées en autoconsommation par des énergies renouvelables, ou l'installation d'éclairage solaire dans les collectivités. La ministre de l'Ecologie a, lors d'une intervention à Fort-de-France, souligné "le défi et la chance de la transition énergétique et de la croissance verte pour les Outre-mer en général, et la Martinique en particulier". Car ces territoires ultramarins "recèlent un formidable potentiel de déploiement des énergies renouvelables", grâce à un ensoleillement fort, une température des mers propices et la présence d'activité volcanique favorisant la géothermie de haute énergie. Ségolène Royal a notamment annoncé le prochain lancement d'un appel d'offres de 50 MW dans le solaire photovoltaïque pour des puissances supérieures à 100 kWc, dédié à l'Outre-mer et incorporant une prime incitant à l'autoconsommation grâce à des systèmes de stockage.

Géothermie, thermique des mers, biomasse…

L'île française des petites Antilles sera le théâtre de l'expérimentation "Nemo" d'exploitation de l'énergie thermique des mers. Portée par DCNS et Akuo Energy, le projet prévoit la construction d'une centrale flottante d'une puissance de 16 MW, capable d'alimenter près de 9 % des foyers de l'île à l'horizon de 2019, en utilisant la différence de température existant entre l'eau de surface (chaude) et celle des profondeurs (froide). Le concept bénéficiera d'un soutien européen dans le cadre du programme NER 300. D'autre part, la coopération géothermique entre les îles Caraïbes a été relancée en début d'année grâce à un projet de centrale implantée à la Dominique qui alimenterait, à la fois, la Martinique et la Guadeloupe en électricité renouvelable, à hauteur de 40-50 MW chacune. Enfin, le projet "Albioma" sera consacré à la production de chaleur et d'électricité à partir de bagasse, le résidu de la culture de la canne à sucre. De nombreux axes de développement pour les EnR qui doivent transformer l'île, dépendante des importations de combustibles fossiles, en territoire à énergie positive, un bienfait "pour les habitants et pour la planète", justifie la ministre de l'Ecologie.